Mansfield Park – Jane Austen

product_9782070452477_195x320Mansfield Park — Folio Classique (Gallimard)
Classique
26/06/2014 — 720 pages — 9,10 €

Fanny Price souffre d’une disgrâce majeure – Jane Austen l’annonce d’emblée – elle est pauvre. Elle n’est en outre ni jolie ni brillante, mais timide et effacée. Recueillie par charité à Mansfield Park, la splendide demeure de sir Thomas Bertram, Fanny y est négligée, voire maltraitée. Mais elle va effectuer une ascension inattendue. Et cette évolution semble reposer sur ses seuls mérites, sa rigueur, son jugement infaillible, son indépendance d’esprit.
On a dit que ce roman était l’une des œuvres majeures de la littérature occidentale, l’une des premières à se pencher sur la personnalité au sens moderne du terme. Jane Austen y excelle à confronter diverses sphères sociales, à peindre des personnages dont les qualités ne sont qu’un vernis, tandis que Fanny, sa discrète héroïne, observe, résiste et ne transige pas.

Il me semble que Mansfield Park est un roman dont beaucoup de lecteurs ont trouvé la protagoniste ennuyeuse, trop différente des héroïnes habituelles de Jane Austen. Et c’est vrai, Fanny Price surprend. Elle n’a pas la vivacité d’esprit et l’audace d’Elizabeth ou Emma. Elle est effacée, silencieuse, passive même, et pourtant j’ai beaucoup apprécié ma lecture. Car Fanny est aussi une jeune fille gentille, observatrice, et surtout fidèle à ses principes et munie d’une détermination sans faille. Si elle est sûre d’agir en accord avec sa conscience et de ne commettre aucune faute, alors elle ne modifiera son cap sous aucun prétexte, et peu importe si son entourage lui donne tort ou qu’elle doive en souffrir. Son courage n’a donc rien à envier à celui d’une célèbre Miss Bennet.

Cependant, le personnage qui m’a le plus marqué dans ce roman est celui de Mary Crawford. J’ai d’ailleurs trouvé l’opinion qu’en avaient Fanny et Edmund assez dure. Je comprends ce qui pouvait choquer dans son comportement à l’époque, mais, et c’est sûrement parce que je suis une femme du XXIe siècle, elle ne m’a pas parue aussi indigne et mauvaise que Fanny le pense. La première semble vraiment apprécier la seconde, et à parfois fait preuve d’une véritable gentillesse envers elle. Certes, le personnage m’a un peu déçue sur la fin. Certes elle fait montre quelques fois d’un manque de moralité, et l’influence corruptrice de son entourage londonien lui a laissé une tendance au matérialisme, à la superficialité et à l’égoïsme, mais son personnage est aussi bien plus complexe que ça. Mary est également une femme ambitieuse, vive, drôle, indépendante. Dotée d’une forte personnalité, elle n’a pas peur de dire ce qu’elle pense, allant jusqu’à se moquer ouvertement de ce qu’elle juge ridicule au risque de choquer.  Au contraire de Fanny, elle a besoin de mouvement, du tumulte de la vie mondaine et citadine. Elle ne supporte pas l’ennui et veut profiter pleinement de sa vie. Comme elle le dit si bien :

Rien ne me coûte jamais, sinon faire ce qui ne me plait pas.

Comme toujours, le portrait de la société et des mœurs de l’époque que peint Jane Austen est aussi passionnant que savoureux. L’auteure montre une nouvelle fois comment le mariage déterminait la vie des femmes, les séparait et les mettait en concurrence. L’engagement matrimonial pouvait en effet aussi bien être utilisé comme un outil d’avancement économique et social qu’être l’instrument d’une détérioration de ses conditions de vie et d’un déclassement de sa position dans la société. Plus qu’une affaire de sentiments, il était donc indissociable des préoccupations matérielles.  Ainsi, Mr. Bertram, qui voit surtout le mariage comme une proposition financière, presse Fanny d’accepter la demande d’un homme riche à même de lui offrir une situation confortable. Il s’étonne d’autant plus de son refus qu’elle devrait, selon lui, se trouver bien chanceuse d’avoir l’intérêt d’un homme à qui elle n’a rien à apporter du fait de sa pauvreté. Mais Fanny tient tête et le message de Jane Austen reste le même: mariez-vous par amour, et non parce que la société l’exige de vous.

— Je… je ne puis l’aimer suffisament, monsieur, pour l’épouser.
— Voilà qui est étrange, dit Sir Thomas, d’une voix calme qui laisser percer le déplaisir. Il y là-dedans quelque chose qui défie mon entendement.

La hiérarchie sociale est l’un des thèmes centraux de ce roman, de même que la question de l’héritage et du mérite. Ce n’est pas la première fois que Jane Austen explore les implications du système de la primogéniture et de l’entail, et elle valorise ici les qualités et la vertu plutôt que la naissance. Jane Austen sous-entend ainsi clairement que le travailleur Edmund ferait un bien meilleur héritier que son frère, l’irresponsable Tom. Le frère de Fanny déplore que les promotions soient plus facilement accordées aux soldats qui connaissent des personnes influentes.  Enfin, Maria, qui est la fille d’un baronnet, est vaine et orgueilleuse, tandis que Fanny, qui fait preuve d’une grande rigueur morale, n’est que la fille d’un pauvre officier de la Marine.

Jane Austen nous montre également que les bonnes manières et la moralité sont deux choses bien différentes, et que l’une ne découle pas toujours de l’autre (ce qui est particulièrement flagrant chez Mrs Norris qui ne cesse de se faire passer pour une femme généreuse, ce qu’elle n’est certainement pas). Enfin, j’ai beaucoup aimé la façon dont Jane Austen oppose la ville et la campagne. La première est intense, mondaine : c’est le lieu du désordre où la corruption menace ceux qui manquent de rigueur, et le dangereux sentiment de liberté qu’elle suscite mènera plus d’un personnage à sa perte.La seconde est quant à elle le lieu de la tranquillité et de la santé. La façon dont l’auteure se sert de l’environnement dans lequel évolue ses personnages est vraiment intéressante à étudier. Un épisode en particulier m’a beaucoup plu : la visite du parc de Sotherton. Le comportement des personnages et les transgressions dont ils se rendent coupable symbolisent leurs différents niveaux de moralité (la plus immobile, et donc la plus ferme étant Fanny) et annoncent en filigrane le futur de chacun.

Seul regret : j’aurais aimé que l’auteur développe un peu plus l’évolution des sentiments d’un des personnages masculins à l’égard de Fanny, car la façon dont il la perçoit change radicalement et subitement à la fin du livre.

EN BREF, MANSFIELD PARK C’EST :

Encore un magnifique roman de Jane Austen. Après avoir tant peinée à finir Raison et sentiments, je suis vraiment heureuse d’avoir retrouvé le plaisir que j’avais pu ressentir à la lecture d’Emma ou du célèbre Orgueil et Préjugés. J’ai passé un délicieux moment aux côtés de Fanny Price, une héroïne assez différente de celles auxquelles l’auteure nous as habitué, mais pas moins attachante. La plume de Jane Austen et ses observations sur la société anglaise à l’aube du XIXe sont toujours aussi savoureuses !

Semaine à lire (20-27/03/2020) et 24h Readathon (21/03/2020) – Ma PAL

La semaine à lire qui débute ce soir va avoir lieu dans un contexte particulier. Le confinement a débuté il y a quatre jours, et je sais que rester chez soi alors qu’il fait si beau, être éloigné de sa famille et de ses amis, ou voir ses projets pour les prochaines semaines annulés n’est pas une chose facile. J’espère que vous allez bien, et que ceux qui n’ont pas trop le moral arriveront à trouver du réconfort dans la lecture ou autre chose. Surtout, restez chez vous si vous le pouvez, et prenez soin de vous et de vos proches.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, la semaine à 1000 est un challenge organisé par Lili Bouquine. Le but est simple : du vendredi 19h au vendredi suivant 23h59, les participants ont une semaine pour lire autant de page qu’ils s’en sont fixées. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus, rendez-vous sur le groupe facebook du challenge où vous pourrez également discuter avec les autres participants. L’ambiance est vraiment top !Lire la suite »

Throwback Thursday Livresque #29

Le Throwback Thursday Livresque est en rendez-vous initié par BettieRose Book et repris par Car0le du blog My-books. Le but ? Parler d’un livre qu’on a lu, choisi en fonction d’un thème donné.

Le thème du jour est « Le plus gros livre de votre bibliothèque». Cette fois-ci, je présenterai deux titres, un tiré de ma PAL, et un autre de mes livres lus.

Les Misérables de Victor Hugo

couv2202917Le destin de Jean Valjean, forçat échappé du bagne, est bouleversé par sa rencontre avec Fantine. Mourante et sans le sou, celle-ci lui demande de prendre soin de Cosette, sa fille confiée aux Thénardier. Ce couple d’aubergistes, malhonnête et sans scrupules, exploitent la fillette jusqu’à ce que Jean Valjean tienne sa promesse et l’adopte. Cosette devient alors sa raison de vivre. Mais son passé le rattrape et l’inspecteur Javert le traque…

Le plus gros livre de ma bibliothèque est sans contexte l’intégrale des Misérables de Victor Hugo. Un beau pavé de 1648 pages qui pèse son poids. Le lire est un de mes objectifs pour l’année 2020 !Lire la suite »

Throwback Thursday Livresque #28

Le Throwback Thursday Livresque est en rendez-vous initié par BettieRose Book et repris par Car0le du blog My-books. Le but ? Parler d’un livre qu’on a lu, choisi en fonction d’un thème donné.

Le thème du jour est « Festif » et trouver un titre n’a pas été évident.

couv21133158Journal d’une princesse, tome 5 : L’anniversaire

La vie semble sourire à Mia, à la fois lycéenne à New York et princesse héritière de Genovia, qui fête son quinzième anniversaire. Elle aime Michael, qui l’aime aussi. Elle va avoir un petit frère ou une petite sœur. Elle qui adore écrire, publie son premier article et son premier poème. Donc tout va bien ? Non ! Car Michael ne semble pas du tout décidé à aller au gala annuel de leur école où elle voudrait tant se rendre avec lui… Que va donc faire Mia ?

Avec La guerre des clans, Journal d’une princesse est la série de mon enfance. Mia, l’héroïne, est aussi attachante que drôle. Au fil des tomes, nous suivons son chemin vers l’acceptation de soi, ses relations avec sa famille et ses amis, ses questionnements sur l’amour, mais aussi ses différents combats car il s’agit d’une jeune fille très engagée.  Il est très facile de s’identifier à cette adolescente et à ses problèmes.

Quel livre auriez-vous choisi pour ce thème ?

Sorties littéraires : Mars 2020

aparaitre

Plusieurs sorties ont capté mon intérêt ce mois-ci. Les voici :

Le 4 mars

the-kingdom-1288510The Kingdom — Jess Rothenberg — Casterman

Ana, mi-humaine, mi-robot, est l’une des sept hybrides conçues pour divertir les visiteurs du parc d’attractions Kingdom, petits comme grands. Sa vie prend cependant un autre tournant quand elle est accusée d’avoir assassiné Owen, l’un des membres du personnel. Commence alors un procès haletant, où la vérité n’est pas forcément celle que l’on croit…Lire la suite »